La Commission européenne a ouvert une enquête sur Temu pour défaut de coopération lors d'une inspection surprise menée en décembre à son siège de Dublin. L'institution estime que l'entreprise a manqué à son obligation de fournir des informations et des documents essentiels, ce qui pourrait entraîner une amende pouvant atteindre 1 % de son chiffre d'affaires mondial, soit environ 530 millions d'euros. Par ailleurs, depuis le 1er juillet, les colis de moins de 150 € en provenance de pays hors Union européenne sont soumis à un droit de douane de 3 € par catégorie, et un droit supplémentaire de 2 € devrait être instauré cet automne. Cette mesure impacte directement le modèle de livraison directe depuis la Chine qui a alimenté la croissance de Temu en Europe.
Ce double contexte réglementaire contraint la plateforme à repenser sa stratégie logistique sur le continent . Temu a signé un accord avec DHL afin de garantir que, d'ici 2027, 80 % de ses produits seront distribués depuis des entrepôts locaux, une transition vers un modèle de distribution locale également adoptée par Shein. La pression tarifaire et l' enquête de l'UE visant Temu accélèrent une transition qui, si elle se concrétise, transformera radicalement le fonctionnement des géants asiatiques du e-commerce sur le marché européen.
L'enquête de Bruxelles et l'amende potentielle
La Commission européenne a adressé à Temu une communication d'objections détaillant des irrégularités présumées lors d'une inspection menée du 2 au 5 décembre dans les locaux de sa filiale irlandaise, WhaleCo Technology Limited. Selon Bruxelles, l'entreprise n'a pas répondu à plusieurs demandes d'informations de base, notamment concernant son organisation au sein de l'UE, ses systèmes informatiques et certains documents comptables. Si l'infraction est confirmée, l'amende pourrait atteindre 617 millions de dollars (environ 530 millions d'euros), sur la base des états financiers 2025 de sa société mère, PDD Holdings.
Temu, de son côté, rejette catégoriquement les accusations et affirme avoir pleinement coopéré lors de l'inspection. Dans un communiqué, l'entreprise a déclaré qu'elle répondrait aux accusations et se dit confiante que Bruxelles reconsidérera ses conclusions préliminaires. Par ailleurs, elle nie avoir reçu des subventions étrangères qui faussent la concurrence sur le marché intérieur et soutient financer ses activités européennes grâce aux flux de trésorerie générés par son propre chiffre d'affaires. « Nous n'avons pas besoin de recourir à des subventions étrangères pour financer une activité concurrentielle », a-t-elle déclaré.
L'impact des nouveaux tarifs sur le modèle économique
L'instauration de droits de douane sur les colis de faible valeur a contraint Temu à accélérer son plan d'entreposage local . L'accord conclu avec DHL prévoit que, d'ici deux ans, 80 % des produits vendus en Europe seront distribués depuis des entrepôts situés au sein de l'Union européenne – un changement radical par rapport au modèle d'expédition internationale précédent de Temu . Shein suit une voie similaire, en recherchant des fournisseurs alternatifs sur le continent afin de réduire son exposition aux droits de douane à l'importation.
Pour le secteur logistique européen, cette évolution représente une opportunité, car la demande d'entrepôts et d'espaces logistiques croît à mesure que ces plateformes cherchent à réduire les distances jusqu'au consommateur final. Paradoxalement, les géants asiatiques adoptent désormais, sous la pression réglementaire, le même modèle de proximité que les opérateurs européens préconisent depuis des années comme un avantage concurrentiel. Lorsque la fiscalité cessera d'être avantageuse pour les expéditions directes depuis l'extérieur de l'UE, la logistique de proximité redeviendra l'option la plus rentable, même pour ceux qui ont bâti leur activité sur le modèle inverse.
La pression réglementaire et les modifications tarifaires contraignent Temu à transformer son modèle logistique en Europe, passant des expéditions directes depuis la Chine à un système d'entreposage local. Tandis que la Commission européenne poursuit son enquête, l'entreprise défend sa coopération et nie toute subvention indue. L'issue de ce processus déterminera l'avenir des plateformes asiatiques sur le marché de l'UE.

