La nouvelle loi sur le cinéma en Espagne : entre impasse politique et rébellion des producteurs indépendants

  • Le Congrès a rejeté les amendements dans leur intégralité, permettant ainsi à la loi de suivre son cours après des années de blocage législatif.
  • Les associations de producteurs indépendants déplorent que le texte soit obsolète et ne prenne pas en compte des enjeux tels que l'intelligence artificielle.
  • La réglementation prévoit notamment une réserve de 35 % de l'aide pour les projets menés par des femmes et promeut les langues co-officielles.
  • Les plateformes de streaming devront faire preuve de plus de transparence quant à leurs données de visionnage et verront leur accès aux subventions publiques limité.

Nouvelle loi sur le cinéma en Espagne

Après un parcours qui a semblé interminable aux professionnels du secteur, la nouvelle réglementation visant à encadrer l'industrie cinématographique semble enfin progresser. Le texte initial, rédigé en 2022 et ayant subi de nombreux retards dus à des élections anticipées et à des changements au sein du ministère de la Culture, a finalement été approuvé par le Congrès des députés, qui a rejeté les propositions de blocage de l'opposition. Cette décision représente un soutien précieux pour le ministère, même si le chemin à parcourir reste semé d'embûches.

La réalité est que l'écosystème audiovisuel a tellement évolué que la loi de 2007 est aujourd'hui plus obsolète que la photographie en noir et blanc. Cependant, ce progrès ne suscite pas le même enthousiasme chez tous. Tandis que le gouvernement se vante de la modernisation du secteur, les associations représentant les petits et moyens créateurs réclament une révision technique urgente . Elles estiment que le projet de loi actuellement débattu est quasiment une copie conforme de celui élaboré il y a des années et que, compte tenu de la rapidité d'évolution des nouvelles technologies, il pourrait être obsolète avant même sa publication au Journal officiel de l'État (BOE).

Le pouls politique et parlementaire de la Chambre basse

Débat parlementaire sur la loi cinématographique

Le débat parlementaire a suscité de vives réactions, avec des points de vue très divergents sur la protection de notre culture. Le rejet intégral des amendements a été rendu possible grâce à des accords stratégiques avec des partis comme Junts , qui ont obtenu des engagements précis pour la sauvegarde de la langue catalane dans la production et la diffusion des spectacles. Le ministère de la Culture affirme que cette loi est essentielle pour éviter que l'Espagne ne prenne du retard sur le marché européen, d'autant plus que la fréquentation et les recettes au box-office commencent à se redresser après des années de vaches maigres dues à la pandémie.

En revanche, le Parti populaire et Vox ont vivement critiqué le texte, le qualifiant d'héritage direct de l'administration Miquel Iceta, de peu ambitieux et déplorant une mauvaise utilisation des fonds européens. Malgré ces critiques, le gouvernement insiste sur la nécessité pour le secteur d'un cadre juridique stable reconnaissant le cinéma non seulement comme une forme d'art, mais aussi comme une industrie stratégique capable de rivaliser à l'international. L'objectif est de finaliser la loi avant la fin de l'année, ce qui impliquera toutefois de traiter un grand nombre d'amendements.

La définition controversée du producteur indépendant

production indépendante espagnole

S'il y a bien une question qui inquiète les producteurs, c'est celle de savoir qui peut se prévaloir du statut d'« indépendant ». La Plateforme audiovisuelle des producteurs indépendants (PAP) a suscité une vive polémique, craignant que la formulation actuelle ne permette aux grands groupes de médias de puiser dans les fonds destinés aux petites entreprises. C'est un sujet épineux, car ces subventions sont vitales pour de nombreux films qui, sans elles, ne verraient jamais le jour face aux superproductions diffusées sur les plateformes de streaming.

Les créateurs indépendants estiment qu'on leur avait promis une solution dans cette loi, mais celle-ci tarde à se concrétiser. Ils affirment qu'en l'absence de définition claire des limites, les fonds publics finiront par financer des projets de grandes entreprises qui disposent déjà de ressources largement suffisantes. De plus, ils déplorent que le texte ne prenne pas en compte des enjeux tels que l'intelligence artificielle générative, qui commence à bouleverser la préproduction et la postproduction d'une manière que personne n'avait anticipée il y a quatre ans.

Quotas, transparence et rôle des plateformes

L'un des principaux changements apportés par cette législation est l'obligation pour des services comme Netflix et Amazon Prime Video de publier leurs données de visionnage . Jusqu'à présent, ces entreprises étaient très discrètes sur leurs chiffres, mais la nouvelle loi vise une plus grande transparence afin de comprendre ce que regarde réellement le public espagnol. De plus, leur accès à certaines subventions sera limité, ce qui les incitera à collaborer avec des producteurs locaux au lieu de dominer le marché avec leurs propres contenus financés à l'étranger.

En matière d'égalité, une loi a été adoptée imposant que 35 % des subventions soient directement allouées à des projets menés par des femmes, une mesure visant à briser le plafond de verre dans la réalisation et la production. Des modifications ont également été apportées au quota de projections dans les salles de cinéma : l'obligation de diffuser des films européens est légèrement réduite, mais en contrepartie, les films réalisés par des femmes ou les productions latino-américaines compteront double. Il s'agit d'une tentative pour rétablir l'égalité des chances et donner de la visibilité à des histoires souvent exclues des circuits commerciaux traditionnels.

Le texte accorde également aux Archives cinématographiques espagnoles un statut de protection spéciale, les considérant comme un bien d'intérêt culturel afin de préserver notre patrimoine audiovisuel. Malgré les réserves de certains acteurs du secteur, le gouvernement est convaincu que ce cadre juridique contribuera à consolider la position de l'Espagne comme pôle audiovisuel majeur en Europe. De nombreux points restent à négocier dans les semaines à venir, mais la machine parlementaire est désormais lancée, et le secteur espère que, grâce à des amendements et des révisions, un texte pérenne sera adopté, protégeant véritablement celles et ceux qui risquent leur vie chaque jour pour raconter nos histoires.

L'évolution de ce processus législatif façonnera l'avenir de nos cinémas et de nos productions pour la prochaine décennie, contraignant les géants du streaming à coexister avec les artisans du cinéma d'auteur. À l'approche du dernier trimestre, le succès de cette loi dépendra de sa capacité à s'adapter à une technologie en constante évolution et à un public qui ne consomme plus les films comme il y a dix ans, laissant derrière lui les anciennes querelles pour se concentrer sur un avenir où la diversité et la transparence seront les piliers du cinéma dans notre pays.


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